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Et si Carine avait tout gagné ?

Vu ma manière assez récurrente de parler de l'ex-rédactrice en chef du Vogue Paris sur ce blog, on finira par penser que j'adore cette femme ou pire encore que je lui voue un culte, et ce malgré les critiques que je lui adresse régulièrement...Que nenni ! Disons juste qu'il s'agit d'un personnage qui m'a toujours intrigué, positivement et bien souvent négativement, par sa façon d'être, sa vision et cette aura mystérieuse qu'elle dégage à chaque fois.

(Au gala de l'AmFar en Givenchy Couture).

Pour la petite anecdote, Carine Roitfeld, je l'avais aperçue au défilé Galliano lors de la semaine de la mode menswear à Paris en juin dernier. A vrai dire, elle possède vraiment un truc qui capte l'attention, un vrai charisme. Ça se ressent déjà dans ses photos et vidéos mais encore plus en vrai...Quoiqu'il en soit, dernièrement, ce sont ses multiples collaborations et actions dans l'industrie depuis qu'elle a quitté les bureaux du Faubourg St Honoré qui m'ont interpellé. Alors que suite à un supposé licenciement/une démission forcée, plusieurs personnes, en particulier ce qui ne l'appréciaient pas forcément, annonçaient sa fin, la dame aux yeux charbonneux a su prouver -et continue à le faire - qu'on ne perd pas son statut de prêtresse de la mode en un claquement de doigt ; en tout cas pas elle. Très rapidement, Roitfeld a su rebondir et on apprenait qu'elle serait la prochaine consultante mais aussi muse de Barney's. Le multi-marque américain a en effet réquisitionné sa "french touch" afin d'insuffler un nouvel air à ses catalogues et à ses vitrines avec l'aide du photographe Mario Sorrenti. Etant donné l'importance de ce temple du luxe new yorkais, il s'agissait d'un coup de maître pour celle dont les mauvaises langues clamaient déjà "la traversée du désert' après son absence remarquée aux fashion weeks de février et de mars dernier et qui se rapprochait en même temps de ses enfants, Julia et Vladimir. Plus tard, en plus de l'annonce de la sortie en octobre de son livre, Irreverent, réalisé en collaboration avec Olivier Zahm, Karl Lagerfeld confiait qu'elle était la styliste de la prochaine campagne Automne/Hiver Chanel shootée par ses propres soins et avec Freja Beha (oui, ENCORE) pour égérie. Aussi, il y a quelques semaines, une rumeur a fait surface, disant que Carine et son très cher ami Riccardo Tisci pourraient se retrouver à la direction artistique de Dior, succédant ainsi à John Galliano. Si cette nouvelle semblait assez improbable, on dirait qu'elle n'était pas si loin de la vérité. Dernière rumeur en date, Lady Roitfeld serait en train de travailler à la confection de sa propre ligne de vêtements. Sa propre marque. Et, il n'est pas question de racontages en l'air. Le top modèle Amber Athernon a publié une photo sur twitter montrant un top avec une étiquette siglée du nom de la styliste. Il n'en fallut pas plus pour que la toile et la sphère mode s'affolent, émettent toutes les hypothèses possibles et imaginables. D'ailleurs, le journaliste mode Derek Blasbkerg aurait twitté une photo de Carine entourée du coiffeur Luigi Murenu et du photographe Iango Henzi, en suggérant qu'ils travaillaient peut-être sur le book de Lady R. Dans le cas où çà se confirme, ce serait quand même fou : passer de styliste-muse influente à rédactrice en chef influente à icône de mode influente pour retomber au stade de styliste sans emploi avant de redevenir styliste influente et peut-être par la suite créatrice de mode influente...Et pour ne rien gâcher, j'ai récemment entendu qu'elle réalisera la couverture du numéro de Septembre de V Magazine ( donc le plus important ).



En fait, j'en viens à me demander si Carine n'a pas tout gagné dans cette affaire. Certes, son association avec Tom Ford à la naissance du porno-chic au début de la décennie avait déjà fortement contribué à sa notoriété mais, pendant 10 ans, elle a eu le temps de se constituer une infaillible réputation, je dirais même de se construire un mythe. Et si après tout, elle prévoyait cette éventualité depuis le début ? Grâce à son background de rédactrice en chef de l'un des plus importants magazines de mode au monde et son indépendance retrouvée, Carine Roitfeld est le personnage que tout le monde s'arrache et veut inclure dans son projet. Tout le monde veut profiter de son expérience et de sa notoriété bien plus que sa créativité et de ses propositions ; je me permets de penser. Elle a su partir au bon moment, sans trop de tracas afin de conserver cette force qui fait aujourd'hui son succès dans le microcosme mode. En observant de plus près, on peut constater qu'en fait, elle conserve son influence intacte voire même qu'elle la rend encore plus prépondérante. Non seulement, elle n'a plus à craindre les représailles de Xavier Romatet et de Sir Newhouse, grands patrons de l'écurie Condé Nast et surtout de Mr LVMH, Bernard Arnaut, à l'origine de son départ selon les rumeurs, et en plus de cela, elle est totalement libre et peut ainsi multiplier les opportunités en bonne workaholic qu'elle est. Contrairement à une Anna Wintour, elle est un peu l'électron libre de la mode avec une réelle main mise sur le reste de l'atome. Nul doute que si elle lance vraiment un label, celui-ci bénéficiera de cette aura et marchera, qu'importe la qualité et l'esthétique de la collection. Porter du Roitfeld sera l'équivalent de la découverte du St-Graal pour toute fashionistas qui se respecte. Elle l'avait dit dans son dernier édito pour le VP en mars dernier, "ce n'est qu'était un aurevoir" et ne cesse de le confirmer. N'en déplaise, il faudra définitivement composer avec elle dans cette industrie.

(Carine Roitfeld pour le Visionaire Magazine, shootée par Karl Lagerfeld)

Quand les rédactrices(teurs)/stylistes deviennent des stars.

Depuis la sortie de "The September Issue", Anna Wintour, qu'on ne présente plus, n'a jamais autant occupé ce statut de star, dont la notoriété dépasse même le cadre du microcosme mode. En moins de deux ans, celle qui a pour habitude de mettre d'autres personnes en couverture s'est retrouvée à la Une d'une pléiade de magazines à l'instar du glossy INDUSTRIE ou encore du Wallstreet Journal Magazine. Cette célébrité largement plus mainstream qu'auparavant s'applique également aux autres Fashion Editors/Stylists. En effet, les photographes-blogueurs, en photographiant tous leurs moindres faits et gestes, ont ainsi établi une inédite catégorie de peoples qui en quelque sorte fascinent les aficionados de l'industrie, mais peuvent également intriguer ceux qui y sont assez étrangers .Comme Anna Dello Russo, pionnière du mouvement l'a dit : "Il est question de nous, les gens qui travaillent dans la mode. De ce que nous portons, de comment nous nous maquillons, de ce que nous faisons et même de ce que nous vivons...C'est un nouveau phénomène".

 (Anna Wintour en couverture du Wall Street Journal Magazine).

Au départ, dans les années 90, ce sont Naomi Campbell et sa bande d'illustres tops-modèles qui étaient au cœur de l'attention du milieu. Puis, en 2000, les actrices et autres chanteuses ont commencé à être de plus en plus présentes et convoitées. Avec l'avènement des sites comme ceux du Sartorialist ou encore de Tommy Ton (Jak&Jil), on réalise l'influence de rédactrices telles que Emmanuelle Alt. Suite à leur multiples apparitions sur les blogs de street-styles, elles sont devenues encore plus connues que les magazines pour lesquelles elles bossent et les éditoriaux mode qu'elles mettent en œuvre. Ainsi certaines pour avoir des conseils ne vont plus se référer à ce qu'elles peuvent lire dans un MARIECLAIRE ou un GLAMOUR mais iront s'inspirer d'une Elisa Nalin ou d'une Giovanna Battaglia. De plus en plus perçue de l'extérieur comme un divertissement, la mode se trouve dans un contexte de démocratisation. Elle ne se réserve plus forcément à une élite ou une bande de connaisseurs. En plus de ceci, si l'on prend en compte la rapidité de l'information doublée par la facilité d'accès, le constant est vite fait : l'intérêt porté pour ces personnalités auxquelles il est sans doute plus facile de s'identifier, stylistiquement parlant, et qui montre une véritable authenticité par rapport aux mannequins des pages mode ne cesse de croître. En témoigne le groupe facebook, "Lanphearites Unites" créé en l'honneur de la très rock'n'roll Kate Lanphear, directrice créative pour le Elle américain.

 (Giovanna Battaglia, Elisa Nalin, Kate Lanphear).

Toujours grâce aux photos de street-style, la façon dont elles s'habillent semble un peu plus accessible et fait davantage figure d'autorité. De fait, elles sont les personnes à l'origine de ce que l'on peut voir dans les magazines, qui mettent en avant les tendances, voire même qui en décident. Par le passé, les célébrités d'Hollywood et autres fascinaient de par leur style et leurs choix vestimentaires, capillaires, etc...Certes, c'est toujours le cas de nos jours, nonobstant, aujourd'hui leurs looks sont tellement travaillés et pour la plupart pris en charge par des stylistes qu'ils en perdent toute once de naturel et même d'originalité. Ce n'était donc plus qu'une question de temps avec que l'attention se tourne vers les responsables de cette imagerie, ceux qui établissent ses "fameux diktats" mis sous les projecteurs par le biais des stars.

Plus haut, j'ai parlé d'une démocratisation de la mode...En y regardant de plus près, en fait, ce n'est pas la mode qui se fait plus populaire mais plutôt les personnalités qui la "régissent", la font, grâce aux médias. D'une certaine manière, c'est comme braquer le projecteur sur un point bien précis au milieu d'une vaste étendue sombre. Par exemple, si l'on doit se rendre dans les quartiers de Paris affublés d'une étiquette "hype" et interroger un de ses hipsters ou une des ses fashionistas, nombres d'entre eux, bien que n'ayant jamais entendu parler d'elle cinq ans auparavant, diront connaître Carine Roitfeld sans pour autant en savoir plus que çà à-propos de son travail, de l'esthétique qu'elle prône dans le milieu et de ses réalisations. Aussi, avec la multiplication des blogs de gossips ou encore satiriques sur la mode, on constate que les gens sont beaucoup plus intéressés par le processus, les incidents, et les ragots au sein du milieu que par ce qui se passe sur les podiums.

 (Carine Roitfeld : Jak&Jil).

Seulement, il réside une ombre au tableau. Ou plutôt, un danger. A cause de cette sur-médiatisation qui - il faut le dire - leur profite, il y a de fortes chances que l'une après l'autre, elles perdent de l'authenticité qui les caractérisait. D'une part, en étant sans cesse exposées, même si d'un côté, elles n'y peuvent rien, elles finiront par perdre de leur "mysticisme" et donc, à lasser. D'autre part, elles risquent d'entrer dans un engrenage commercial. Anna Dello Russo en est le parfait exemple. Depuis quelques saisons, l'italienne editor-at-large pour le Vogue Japon, ne bénéficie plus de la fraicheur de ses débuts. Au contraire, son omniprésence la rend prévisible et pas le moins du monde surprenante, ce qui laisse un goût amer. Elle en est arrivée au point de considérer cette position de star du street-style comme une seconde profession éclipsant beaucoup trop son travail ; allant même jusqu'à se lancer un parfum...

En définitive, tout est une question de contrôle, de dosage, de subtilité et surtout de garder une certaine distance, un mystère. Et encore une fois, Anna Wintour en reste la reine indétrônable. Jamais elle ne s'arrêtera pour se faire prendre en photo par les street-stylers, jamais elle ne donnera même la moindre impression de le vouloir. Pourtant, à cause de ce qu'elle, de ce qu'elle représente, elle continuera à autant intriguer, fasciner, influencer et garder toute son authenticité justement.


(Emmanuelle Alt : Jak&Jil).

Ford's back. Définitivement et en grandes pompes.

Bien que dans ma liste des résolutions de cette nouvelle année scolaire, j'avais inscrit en grandes lettres "éviter au MAXIMUM l'achat mensuel du Vogue Paris" (pour des raisons que j'expliquerai peut-être plus tard), Carine et son équipe réussissent toujours à me mettre une jolie quenelle, comme on dit. En septembre, quelque chose en moi a avancé je ne sais plus trop quel argument et j'ai cédé. Surement que je voulais voir si Alt, rédactrice en chef mode, avait eu le temps de pécher un peu plus d'inspiration durant ses vacances. Le mois suivant, c'était inévitable : numéro des 90 ans du magazine. La curiosité de découvrir autant d'archives, de messages de créateurs, et toutes les surprises annoncées ont eu raison de mon porte-monnaie. Novembre, j'ai trouvé le sujet du numéro profondément inintéressant. Toutefois, il était fourni avec un CD-ROM retraçant l'histoire du magazine ainsi que celle de la maison DIOR. Nul va sans dire que je me suis rué chez le marchand de journaux. Après cet énième achat à contre-cœur, je me suis juré de ne même pas m'attarder sur l'édition de Décembre-Janvier... C'était avant d'apprendre que Tom Ford, ancien directeur artistique de Gucci et d'YSL, véritable nabab de l'industrie, était le rédacteur en chef invité du magazine. Après réflexion, ce choix de La Roitfeld s'avère même inéluctable. Ils sont amis depuis toujours, ont collaboré de nombreuses fois ensembles, ont établi la tendance "porno-chic", et l'année 2010 marque le grand retour du Texan.


Tom Ford est une figure unique, particulière dans cette industrie. Talentueux, évidemment, rebelle, visionnaire et surtout lunatique, il a rythmé durant 14 ans les humeurs vestimentaires des saisons, avant de lui même tout claquer. Même si monsieur Yves Saint Laurent n'a jamais reconnu son travail au sein de la maison, Ford a carrément insufflé un nouvel air aux célèbres collection Rive Gauche, du contemporain, du neuf avec cette touche de féminité qui lui est propre, surfant entre chic fifties et glamour des années 2000. Pareil chez Gucci. Choquer, un des principaux leitmotiv dans son œuvre. On se rappelle de la campagne de pub avec le mannequin aux poils pubiens taillés en G (pour Gucci) ou encore de la publicité de son propre parfum où l'on pouvait apercevoir un flacon placé dans le rectum du modèle.

Quel plaisir donc de le savoir de retour, malgré le fait qu'il ait fallu entendre plus de deux mois pour découvrir les pièces de sa collection. En effet, Ford voulait aller à l'encontre du sort que les collections connaissent de nos jours : moins de 20 minutes après le défilé, les photos sont déjà disponibles sur internet. Ce qu'il voulait, c'est préserver le mystère autour de son opus retour, en invitant qu'une poignée d'Happy Few à son show et en n'autorisant que le photographe Terry Richardson (ami et autre investigateur du porno-chic) à immortaliser l'évènement. Une avis qui peut sembler un peu nihiliste avec les nouvelles conventions...




Une attente qui en valait la peine. Une partie du vestiaire peut déjà être vue sur des extraits du fameux numéro de Décembre du Vogue. Cette collection est un joyeux mélange du meilleur de Tom Ford. L'ambiance générale est rétro, on y voit d'ailleurs quelques réminiscences directes du travail d'Yves Saint Laurent, comme le smoking pour femmes. Un ensemble de pièces caractérielles aux coupes parfaites, aux détails digne d'un créateur de son envergure, capables, tel un coup de baguette magique, de sublimer la femme et de faire resplendir sa sensualité.

Alors bon retour et oui, Joyeux Noël Mr Ford.

Crédits photos : Vogue Paris.

Le lauréat de l’ANDAM fait polémique...

Grand lauréat du prix de l’ANDAM  (Association nationale pour le développement des arts de la mode), Hakaan Yildirim est actuellement en train de diviser le microcosme mode en deux clans. Retour sur une affaire qui fait jaser.

 (Hakaan Yildirim).

 Au bout de deux collections, le créateur turc a clairement défini l’ADN de sa marque et affirmé son style. Celui-ci ce caractérise par une féminité totale, qui en plus d’être assumée est revendiquée haut et fort. Ses coupes sont architecturales et faites dans des matières luxueuses telles que l’organza, le cachemire et la fourrure. Très vite, cet univers a su séduire Carine Roitfeld, rédactrice en chef du Vogue Paris et présidente du jury de l’ANDAM cette année et a permis à Yildirim d’entrer dans les petits papiers de cette prêtresse de la mode.

En juillet dernier, peu après que le verdict des professionnels chargés de designer le gagnant soit tombé, une lettre anonyme a circulé dans le milieu disant que Roitfeld n’avait non seulement pas faire preuve d’objectivité dans son jugement, mais avait également influencé les autres membres du jury. L’auteur du courrier se demandait aussi comment un styliste  débutant pouvait s’offrir les mannequins les plus chers du moment (Natalia Vodianova, Lara Stone, Maria Carla Boscono, entre autres) pour son tout premier défilé et s’il avait donc besoin de la somme d’argent remise au lauréat du prix (220.000€, NDLR). Yildirim est en fait accusé d’avoir été pistonné. En effet, il est également proche du photographe Mert Alas, qui signe régulièrement des séries mode pour Vogue.

 La polémique ne s’arrête pas là.  Lors de la dernière semaine de la mode parisienne, initialement prévue dans le calendrier off pour défiler le mercredi 29 septembre à 19h, la jeune griffe, Peachoo+Krejberg,  s’est vue prendre sa place par  Hakaan Yildrim. Il aurait refusé le créneau que la Fédération Française de la Couture lui a proposé, exigeant d’être programmé le lendemain dans la soirée. Bien entendu, vu les bonnes grâces sous lesquelles il se trouve, la Fédération a cédé à son caprice. Ce qui n’a pas arrangé Peachoo Datwani et Roy Krejberg, stylistes de la marque. Ceux-ci ont préféré renoncer à leur présentation car vu le buzz dont jouit Yildirim, nombre de professionnels du milieu allaient passer à côté de leur présentation.

 (HAKAAN, collection Printemps/Eté 2011).

Les interrogations ont été nombreuses. A croire qu’il suffit d’être apprécié par les personnes bien placées pour pouvoir modifier un calendrier officiel, établi par une institution telle que la Fédération, à sa guise et selon ses envies, et ce, au détriment d’autres créateurs…

Crédits photo : GoRunway.com